Le cheval Frison, Son histoire

Le Cheval FRISON semble tout droit sorti du fond des âges.
Plus de 3000 ans avant notre ère, sans doute à la période glaciaire, l’ancêtre du Frison apparaît en Europe Occidentale : equus robustus, plus communément appelé equus occidentalis. Il se démarque de son cousin l’equus Gmelini ou Tarpan par sa grande taille (plus d’1m30).
Il va fixer ses attaches dans une contrée nordique faite de vastes plaines balayées par les vents : la Frise ou Friesland, actuelle province des Pays-Bas.
Environ 500 ans avant J-C, un peuple conquérant « les Bataves» s’installe sur les territoires bordant l’actuelle Mer du Nord et plus précisément « les Inguaeones » une tribu nomade germanique ; ils prennent le nom de la province et avec eux le cheval indigène va devenir le cheval Frison !
Issu d’un fameux croisement de sang froid lourd continental et de poney celtique, façonnant un cheval tempéré, rustique et proche de l’homme : le cheval Frison est né.
A la fois cheval de guerre et cheval des champs ; il sera utilisé comme cheval de bataille, portant les mercenaires frisons vers de lointaines contrées où il ne manquera pas de laisser des traces dans le sang de nombreuses races autochtones. Pour ceux restés au cœur de la Frise, ils serviront aussi bien au transport des personnes, que des marchandises des ports vers l’intérieur des terres et vice et versa mais aussi et toujours aux travaux agraires.
Il traversera le Moyen-Age avec autant d’ardeur au coté des hommes pour se voire rehaussé au passage par ceux-ci d’un peu de sang «chaud» de chevaux dits orientaux.


La Hollande va subir pendant plusieurs siècles (16è et17è) l’Occupation Espagnole ; avec cela, l’apport de sang andalou et castillan au cheval Frison va accentuer chez lui ses allures altières et la fierté de son modèle.
Il deviendra de ce fait un cheval très à la mode dans toutes les Cours Royales d’Europe…à commencer par celle de Hollande où il est de toutes les cérémonies encore de nos jours.
A cette époque, sa robe ébène, signe particulier, ne fait pas l’unanimité et il n’est pas rare de croiser un Frison bai, alezan ou bien gris, pommelé… avec des balzanes et autres marques.

A l’aube du 18ème siècle, le cheval Frison se démarque par sa polyvalence ; toujours de cérémonie, figure emblématique du dressage académique, attelé à une simple voiture de ville ou tirant une faneuse dans les champs ou bien encore objet de tous les paris sur les champs de course…il est là, présent au quotidien parmi les hommes qui l’apprécient pour son caractère facile et volontaire, son trot énergique et spectaculaire et enfin sa rusticité ; il est partout.
Et pour mieux préserver la race dans son caractère Originel, une poignée d’homme sous l’égide
de la Couronne fonde une association royale : le « Het Friesch Paarden Stamboek » ou F.P.S.
Tenant ainsi les rênes du Stud-Book, les règles de base de l’élevage vont être établies et ainsi permettront de veiller à la sauvegarde et au maintient de l’intégrité des caractéristiques d’une des races les plus vieilles d’Europe.
De là naquit la généalogie du Cheval Frison telle qu’on la connaît aujourd’hui, mais nous y reviendrons dans un paragraphe traitant de la sélection dans la rubrique d'élevage.
Tout devient plus dramatique dans l’histoire de cette race après le passage successif de deux guerres mondiales, boucherie sur champs de bataille, alourdissement pour les travaux des champs, puis course à la mécanisation et enfin engouement pour de nouveaux sports équestres et de ce fait de nouvelles races telles que le pur-sang anglais notamment auraient pu avoir raison du Cheval Frison. Mais ce n’était pas sans compter sur la ténacité et le profond attachement de bon nombre de paysans frisons, qui mettront toute leur passion et continueront à élever ces chevaux Frisons qui font leur fierté et permettront ainsi de sauvegarder une race unique.
Toujours aussi populaire à l’heure actuelle, le Cheval Frison fait partie intégrante du paysage et de la vie en Friesland, pour ne pas dire du folklore.
Il est de toutes les cérémonies, on le retrouve dans toutes les manifestations d’élevages bien évidemment mais aussi lors de courses de trot spectaculaire et très populaires où il est monté à cru sur une simple couverture ; attelé à un traîneau, lui même paré de plumeau et harnaché de millier de clochetons rythmant son trot et rivalisant sur les canaux glacés ; attelé devant l’une de ces magnifiques voitures typiques, à deux roues, richement ornées de décors baroques appelées Chaises Frisonnes ou «Friezen Sjezen », lors de concours traditionnels ou de « Courses aux Anneaux » dans les rues de nombreuses bourgades ; et enfin monté ou attelé comme simple cheval de ballade, de loisirs ou comme cheval de compétition, ceci fera l’objet d’un approfondissement dans la rubrique : le Frison : son utilisation.


Ce cheval et ce peuple sont étroitement liés depuis la nuit des temps, un peu comme si leur sang s’était mêlé au fil des siècles, pour ne faire qu’une entité face à la dureté d’un pays, d’un climat, aux multiples influences d’une terre à la croisée des échanges, des batailles, d’un monde moderne.
Tous deux ont su s’adapter et c’est pourquoi le Cheval Frison a pu conserver toutes les particularités d’une race quasiment pure, tout en continuant son évolution, s’adaptant à une image toujours plus symbolique pour ne pas dire mythique mais néanmoins toujours autant disposé à rendre heureux son compagnon de tous les jours : l’homme.



Du sang Frison dans beaucoup de Races

Des cavaliers frisons servirent dans les légions romaines comme « Equites Singulares » sous l’Empereur Néron (54-68) et en Grande-Bretagne, où ils furent préposés à la protection du mur d’Hadrien, construit en 120.
La pierre tombale d’un cavalier frison « Frisii » , qui avait servi dans les légions romaines, a été retrouvée à Cirencester (Gloucestershire) en Angleterre.

Au début de l’Ere Chrétienne, la juridiction frisonne couvrait les cotes de la «Mer Frisonne» (comme on appelait à cette époque la Mer du Nord) s’étendant de la Belgique actuelle (Het Swin) jusqu’au Weser en Allemagne et qui s’étendait plus tard même jusqu’à la frontière du Danemark. Les Frisons étaient navigateurs, marchands, éleveurs de chevaux et agriculteurs. Avant l’entrée en scène des envahisseurs normands (800-1000) les Frisons étaient connus pour leurs qualités de navigateurs de transport. Ils faisaient commerce de bétails, d’épées, de tissus et de chevaux, et exportèrent vers des contrées lointaines. Le Döle Gudbrandsdal de Norvège descend directement du Frison. Beaucoup de chevaux britanniques sont également de souche frisonne ; les mercenaires frisons étaient nombreux dans les rang auxiliaires des légions romaines établies en Angleterre et ils y demeurèrent longtemps après le départ des Romains. L’influence du Frison est manifeste chez le Dale et le Fell ainsi que chez L’Old English Black (L’ancien cheval noir) des Midlands, que montaient les membres de la Garde Royale sous le règne de Charles II (1660-1685). Il est l’ancêtre incontesté du Shire et du Clidesdales, du Oldenbourg et du Frison Oriental (tous deux chevaux de sport).
Le Frison, appelé un temps Hard draver (bon trotteur), a contribué à l’élaboration de toutes les races de trotteurs de courses par l’intermédiaire du Hackney qui descend de lui.
Dans les Pyrénées, on élève le cheval Mérens qui offre des ressemblances frappantes avec le Frison. Dans certains cas, les ressemblances peuvent être ramenées à l’influence des Chevaux Frisons et d’autres cas à une descendance analogue. Déjà en 1625, les Chevaux Frisons étaient exportés vers les pays qui plus tard devinrent les Etats Unis d’Amérique. Les Hollandais fondèrent en 1609 sur le territoire découvert une ville nommée Nouvelle-Amsterdam, qu’ils durent abandonner aux Anglais en 1664 et son nom devint alors New-York.
A l’époque, des annonces de journaux américains comportaient alors des offres de trotteurs d’origine « hollandaise », sans doute des Frisons.
Ceux-ci sans doute à l’origine du Morgane Horse.
En raison de leurs qualités, les étalons Frisons furent importés par l’Electeur George Guillaume de Prusse (1624) par les fameux Haras de Frederiksborg, de Salzbourg, de Kladrub en 1771 et dernièrement l’étalon Romke 234 pour améliorer les Kladrubers noirs.
En 1957 et 1958, par l’intermédiaire du Stamboek, des chevaux Frisons ont été exportés en Afrique du Sud pour le compte du Baron Clemens Von Nagel dans le but d’améliorer l’espèce importée là-bas autrefois sous le nom de « Cheval Flamand » (Flandres belges).
De 1890 à 1898, 8 étalons Frisons ont été exportés en Angleterre : Onsta 58, Floris 57, Piet 61, Johan 69, De Jonge Keizer 72, Landskind 88, Nooitgedacht 94, Frizo II 96.
Et plus récemment en 1960, Waste 207 et Wybren 208, ainsi que Bjinse 241 en 1977 exporté en Ecosse.
Dans les années 60, les étalons Geert 184, Meint 196, Noldus 198, et Lutzen 192 furent exportés en Afrique du Sud.

On retrouve l’influence du sang Frison directement… et indirectement dans le :

Kladruber (Tchécoslovaquie) Nonius (Hongrie)
Fell Pony (G-B)  
Dale Pony (G-B)  
Shire (G-B)  
Clydesdale (G-B)  
Wurtemberg (Allemagne)  
Oldenbourg (Allemagne)  
Frison Oriental (Pays-Bas) Torik (Estonie)
Hackney (G-B) Welsh Cob (G-B)
Döle Gudbrandsdal (Norvège)  
Orlov (Russie)  
Morgan(USA) Tennessee Walking Horse(USA)
  Kentucky Saddlebred(USA)
Bardigiano (poney Italien)  
Merens (France)  
Cheval de Selle Suédois (Suède)  
Frederiksborg (Danemark)