Importance de la maintenance dentaire chez le cheval domestique

Paru le 06/06/2005
Rédigé par Loïc HENSMANS

Pourquoi faire appel à un dentiste équin pour examiner et soigner son cheval alors qu’à l’état sauvage ses congénères semblent très bien s’en passer ? Tout simplement parce qu’il n’est plus un animal sauvage. En effet, sa domestication a occasionné d’importants changements favorisant les pathologies dentaires.

Tout d’abord la sélection naturelle qui élimine les individus ayant tendance à développer des pathologies n’existe plus et laisse place à la sélection par l’homme qui élève des chevaux physiquement à l’opposé du cheval sauvage (petit avec une grande tête).

Vient ensuite le problème de l’alimentation et, particulièrement chez les chevaux vivants au boxe. Pour ces derniers l’herbe et autres végétaux, souvent chargés de minéraux ont été remplacés par des aliments plus « tendres », moins difficiles à mastiquer. Les granulés ou les céréales aplaties par exemple, ne nécessitent qu’un très faible temps de mastication et une amplitude réduite des mouvements latéraux de la mandibule se qui provoque une usure partielle des tables dentaires et donne naissance aux surdents qui blessent le cheval en coupant les joues et la langue, voire le palais.

L’espérance de vie de nos chevaux a été aussi considérablement augmentée depuis qu’il n’est plus considéré comme un simple outil de travail. Les irrégularités dentaires (mauvais équilibre entre l’éruption et l’usure des dents antagonistes) dont la taille et l’incidence sur la mastication augmentent avec l’âge si elles ne sont pas supprimées, réduisent l’espérance de vie du cheval qui sans un système masticatoire efficace, meurt.

Les surdents et les irrégularités dentaires ont donc une incidence directe sur la digestion puisque les aliments mal mastiqués seront moins digestes et entraîneront souvent un amaigrissement, des coliques. Certaines pathologies comme le « bec de perroquet » (prognathie supérieure) empêchent la préhension des aliments au sol et à terme la fermeture de la bouche.

Si tous ces problèmes d’usures anormales ont des conséquences sur la santé du cheval elles influent aussi sur la qualité de son travail et sur ses performances.


photo : C.Augier

En effet, les surdents et autres pointes d’émail qui « piquent » la bouche sont autant de « parasites » qui perturbent la liaison entre les mains du cavalier et la bouche du cheval puisque l’information de la pression du mors sur les barres est noyée dans les douleurs dues aux surdents. Les aides sont donc moins précises et doivent être plus marquées. Le cheval fuit aussi les douleurs, il manquera de concentration et sera plus dur du coté ou elles sont les plus présentes.

Dans chaque mouvement du cheval la mandibule (mâchoire inférieure) est aussi mobilisée. Les irrégularités dentaires vont soit bloquer cette mobilisation lorsque les dents s’engrainent les unes dans les autres, soit la forcer unilatéralement ou antéropostérieurement. Dans ce cas le cheval n’aura pas la même souplesse à gauche qu’à droite, travaillera sur les épaules, ne pourra pas se placer sans ouvrir la bouche, etc… Ces déviations entraînent aussi des lésions de l’ATM (articulation temporo-mandibulaire) et donc des douleurs de celle-ci. Les déviations latérales provoquent un port de tête oblique et par conséquent d’autres problèmes de type ostéopathique, notamment au niveau des vertèbres cervicales situées proche de l’ATM.

Un autre problème, sans rapport avec l’usure, provoque toujours des défenses au travail. C’est la « dent de loup ». Cette dent de taille réduite est située sur les barres devant les prémolaires. Sa taille, sa forme et sa position sont très variables et sa présence n’est pas systématique. Le contact du mors sur cette dent provoque des douleurs et risque de la fracturer. En générale le cheval bat à la main. L’extraction de ces dents est donc nécessaire dés le débourrage.


Photos : C.Augier

Le cheval frison n’est pas épargné par toutes ces pathologies et les dents de loups sont très fréquentes chez cette race. La fréquence des soins est variable en fonction du cheval et des pathologies présentes, de son âge, de son alimentation. Une visite annuelle est en générale suffisante pour garder une bouche saine et ceci dés 3 ans.

Loïc HENSMANS
Dentiste équin diplômé de l’E.S.A.O – Brighton (UK)
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