Pathologie du Pied Bot

Paru le 15/03/2003
Rédigé par Nathalie DUMONT

PATHOLOGIE DU PIED BOT UNILATERAL CHEZ LE POULAIN

        (Le syndrome de la girafe)

     Nous n’aborderons que le cas du pied bot unilatéral qui n’est pas une pathologie héréditaire contrairement au pied bot bilatéral. A force de discuter avec des éleveurs, je m’aperçois que de plus en plus on rencontre cette pathologie chez les poulains frisons. Peut-être faut-il se poser des questions, sachant que celle-ci se voit très souvent aussi chez les chevaux de courses. Rappelons ce qu’est un pied bot. La vue latérale montre un axe paturon-pied brisé au niveau de l’articulation du sabot et du paturon. Un angle qui peut aller jusqu’à 90° est formé entre la paroi du sabot et la surface du sol. Le rapport entre la longueur de la pince et la longueur du talon sera à peu près de 1 : 1, alors que le rapport normal devrait être de 3 : 1. Il est important de souligner ce fait, en sensibilisant les éleveurs et en leur faisant prendre conscience qu’en surveillant les aplombs de leur poulain, on peut juguler le problème, voire même l’éliminer et sauver l’avenir de ce poulain. Dés que l’angle du pied dépasse 60°, il faut suspecter un début de pied bot et intervenir tout de suite dans la première année du poulain, moment de croissance où l’animal a suffisamment de souplesse pour qu’il n’en souffre pas. Pourquoi se développe un pied bot ? Certains disent que ce défaut est dû à une alimentation très riche du poulain et de sa mère, souvent supplémentée à tort en minéraux, qui force la croissance des os longs du poulain, ce qui augmente la longueur des membres, alors que les vertèbres du poulain, elles, se développent moins vite. C’est peut-être vrai quand on sait que les jeunes pur-sang sont poussés en alimentation pour qu’ils soient précocement entraînés. Le poulain ne montre aucun signe de pied bot tant qu’il ne boit que le lait maternel, mais quand il commence à essentiellement brouter au pré, il se voit dans l’obligation d’adopter une position caractéristique de la girafe, son encolure étant trop courte pour pouvoir brouter l’herbe, sauf que la girafe écarte plus volontiers les antérieurs latéralement, alors que le poulain, lui, les écarte longitudinalement. Un antérieur est très en avant, dont la surcharge est sur le talon, ce qui le prédispose au pied plat, tandis que l’autre reste en arrière, dont la surcharge est sur la pince, ce qui le prédispose au pied bot. Il faut savoir aussi que le poulain utilise aussi toujours le même antérieur. Notons enfin que ce jeune foal est aussi candidat au raccourcissement du système tendineux fléchisseur. Pour régler ce syndrome de la girafe, plusieurs pistes sont à exploiter. D’abord on peut mettre la nourriture à sa hauteur, en évitant de poser le foin à terre, par exemple, ou en alimentant suffisamment la mère de façon à ce que sa production laitière soit suffisante au poulain, et d’un autre côté il faut veiller régulièrement à l’aplomb de ce pied toutes les semaines en donnant un coup de râpe uniquement au talon, sans toucher à la pince ; ceci vaut pour les problèmes de début de pied bot. Lorsque l’angle est déjà très important, il est essentiel de faire appel au maréchal ferrant qui mettra en œuvre une ferrure spéciale ou une cale collée sous le pied du poulain. Une autre solution est aussi appliquée avec succès depuis longtemps en Belgique ; elle consiste à obliger le poulain à changer son appui podal . Pour y parvenir, le maréchal va parer le pied sur lequel le poulain exerce son appui constamment, de façon à le rendre très sensible. Le poulain va alors être obligé de changer d’appui podal ; par cette action on forcera le système fléchisseur du pied en train de devenir bot à s’allonger par l’appui du membre et à allonger la pince. Dans les deux cas, il est aussi conseillé de faire pratiquer au poulain un léger exercice quotidien sur sol dur et plat, de façon à solliciter l’allongement du tendon. Eviter aussi les litières trop molles et humides. Il est vraiment dommage de voir la carrière de certains très bons chevaux être compromise parce qu’ils sont pied bot, quand on sait qu’avec un minimum d’attention et de soin on peut résoudre ce problème, s’il est traité en temps et en heure, parce qu’une fois à l’âge adulte, un cheval atteint de ce syndrome ne pourra plus être traité : Le mal est irréversible.

                                                                                                                   Nathalie DUMONT

 piedbot.jpg NB : vous trouverez un article sur la correction des aplombs traitant du « Pied Bot » dans la rubrique Maréchalerie du magazine Cheval Santé N°13 - avril/mai 2001.