Le Frison et l'Endurance

Paru le 04/03/2004
Rédigé par A.S. VIENOT

 Le frison et l’endurance 

 

Tout propriétaire et utilisateur de chevaux frisons ont été confronté un jour ou l’autre à de nombreuses critiques concernant l’endurance de son cheval.
Je ne pense pas que cette critique soit toujours justifiée.

Je vous raconterai plus loin mon expérience à ce sujet.

Il faut tout de même remarquer que dans la race frisonne on peut trouver plusieurs types de chevaux :

  • -Le frison ancien, « baroque », est un cheval encore très lourd, et de par sa masse apte au travail lent. Il n’est pas très endurant car il a tout simplement une lourde masse à porter.
  • -Le frison moderne, qui avec la sélection menée par les Hollandais devient un véritable cheval de sport. Il est beaucoup plus léger, ses membres sont plus fins, et souvent il a moins de crins. Il est apte au dressage, à l’attelage de compétition. Mais ce n’est toujours pas un cheval de concours hippique, quoique sur le phryso hollandais j’en ai vu un qui faisait du complet…
  • -Le frison intermédiaire est le mélange des 2 types précédents. C’est le plus représenté actuellement

Avant d’avoir des chevaux frisons, j’étais utilisatrice de races de chevaux plus classiques : selle français, anglo-arabe, trotteur, et ma dernière jument était une pur-sang anglais, avec laquelle entre autre je sortais en compétition d’endurance jusqu’aux pré-nationales de 90 km.

C’est donc tout naturellement que j’ai voulu « tester » la capacité d’endurance de mes frisons. Il y a eu du bon et du moins bon, mais je pense que tous sont capables de faire au moins une départementale de 20 kms avec un peu d’entraînement.

La première jument que j’ai sorti en endurance était Aline, jument ster par Melle. Elle était encore allaitante 3 mois avant la course. Sur les 25 kms elle n’a pas démérité, elle a fini qualifiée( c’est à dire qu’elle était dans les temps avec une bonne récupération cardiaque) et surtout 4ème ex-æquo sur une vingtaine de partants.

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   Paula du Perche

    Photo : P.Viénot

Et en 2003 je suis sortie sur 5 épreuves de 20 et 30 kms avec « Paula », fille de Remmelt.Non pas que j’ai eu l’ambition de faire de l’endurance à haut niveau, mais parce qu’avoir des échéances de sorties régulières me donnent la motivation d’entraîner régulièrement ma jument. Le fait d’être cavalier seul à la maison n’est pas toujours motivant. De plus ces sorties un peu « sportives » ont fini par canaliser son énergie un peu débordante.

Paula est une jument très vive et difficilement fatigable. Raison pour laquelle je la sors en endurance, mais mon but n’a jamais été de faire de grosses courses avec elle, il y a d’autres races bien plus aptes à cela, comme le pur-sang arabe.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’endurance, je vais faire un petit résumé de cette discipline.

L’endurance est une pratique sportive de l’équitation qui allie le plaisir d’une compétition en pleine nature à une connaissance approfondie de son cheval. Cette recherche de la compréhension du physique et du mental du cheval amène un grand respect du cavalier pour sa monture.

Les épreuves d’endurance se courent au chronomètre sur un itinéraire balisé, avec des contrôles vétérinaires avant, pendant et après l’épreuve. Les premières épreuves se courent à vitesse imposée. Le vétérinaire inspecte surtout le rythme cardiaque du cheval, et sa fréquence respiratoire, ainsi que la régularité des allures.

Les différentes épreuves vont de 20, 30, 40, 60, 90 kms et les nationales 130 ou 160 km, voire 2X100 en 2 jours.
Il faut être qualifié sur une distance pour passer à la distance supérieure.
Etre « qualifié » veut dire être dans les temps imposés avec un cheval qui a bien récupéré une demi-heure après la course. Après il y a un classement, un calcul est fait qui inclus la récupération du cheval et sa vitesse.

Sur 20 et 30 kms en 2004 il faudra tenir une vitesse entre 10 et 12 km/h.Ce qui équivaut à un trotting pendant 2 ou 3 heures suivant la distance. Et en cas de dénivelés importants que l’on fait au pas, il faudra rattraper le temps perdu en accélérant l’allure.

Pour ce qui est de Paula, en 2003 elle a été qualifiée sur ses 5 courses et toujours classée dans le premier tiers des partants et n’a jamais démérité. Deux épreuves comportaient de très forts dénivelés, dont une sous la canicule de l’été dernier. La jument s’est vraiment bien comportée.

Elle a un très bon rythme cardiaque au repos et récupère bien.

Je suis consciente que sur une longue distance elle aurait plus de mal, mais là je l’ai déjà dit pour la compétition d’endurance pure à haut niveau il y a des races plus adaptées.
Mais mon résultat nous montre que l’on peut participer sans honte à une épreuve d’endurance à petit niveau avec un frison. J’ai souvent entendu dire que le frison peinait au marathon du concours d’attelage. Peut-être ces chevaux frisons critiqués n’étaient pas dans le modèle sport, ou n’étaient pas assez entraînés ?

En 2004 je compte aller jusqu’à 40 kms.Je pense que ma jument pourrait bien entraînée faire les 60 kms, mais là ce n’est plus de mon âge….

Ce qu’il faut faire pour participer à une course d’endurance en 2004 :

  1. -Avoir une licence 2004 de la FFE avec certificat médical.
  2. -Cheval inscrit sur la liste des chevaux de sport, il existe une liste des chevaux de sport pour les OI en endurance. (cas du frison né en France actuellement)
  3. -Cheval identifié et vacciné.
  4. -Et puis bien sûr entraînement du cheval : trotting, extérieur, travail sur les dénivelés, dressage et assouplissements.

Il faut savoir que 2004 est la dernière année ou un OI pourra se qualifier et être autorisé à vie à faire de l’endurance. Après les OI ne seront plus admis en endurance.

-Avoir ouvert un compte GICE auprès de la FFE pour pouvoir faire les engagements(dès 20 kms), ou utiliser celui d’un ami ou d’un club hippique.
-Après il n’y a plus qu’à se renseigner sur les courses dans votre région et s’inscrire à temps (au moins une semaine avant la course)

En conclusion je dirai que j’ai passé de très bons moments avec ma jument en course d’endurance. Par la même occasion on découvre de nouvelles régions, c’est le côté nature de la discipline. Je n’ai jamais cherché à remporter la course, mais surtout à la gérer au mieux dans le respect des capacités physiques de ma jument. Le plus souvent c’est elle qui donne le rythme. Je veille juste à être dans les temps.

Le point négatif a été la bêtise des gens sur les terrains de concours. Là j’en ai entendu des vertes et des pas mûres, dans le genre « le frison ce n’est que pour le cirque », « elle ne tiendra pas la route », les airs rigolards, les « c’est quoi votre cheval », « pourquoi vous venez là », « le frison c’est bon qu’à la déco ». « barbies »
Enfin ce que je vois c’est que Paula a toujours été qualifiée alors que d’autres ont été éliminés.

Je crois que nous avons encore beaucoup à faire pour la promotion du frison, et il faut que tous les utilisateurs s’y mettent.

       A.S.Viénot

NB : vous retrouverez cet article dans le prochain Phryso France, N°54 prévu pour avril 2004.