La jument Frisonne et la Rétention Placentaire

Paru le 25/04/2004
Rédigé par Cécile AUGIER

La jument Frisonne et la Rétention Placentaire


Si j’ai décidé de vous parler de la Rétention Placentaire chez la jument Frisonne, c’est qu’il s’agit d’un phénomène assez fréquent puisque d’après une étude faite en Hollande, 54 % des juments de cette race délivre mal ; ceci n’étant pas étranger au problème de consanguinité, mais pas seulement.

Je ne vais pas reprendre tout le processus de la mise-bas et je n’ai pas, non plus, la prétention de vous faire un cour sur ce sujet, je ne suis pas vétérinaire.
Je souhaite juste vous faire partager mon expérience et vous faire prendre conscience de ce problème souvent rencontré chez cette race.

En général le placenta est expulsé dans les trois heures qui suivent la mise-bas.
Passé ce délai, on parle de Rétention Placentaire et cela signifie intervention d’un vétérinaire équin (c’est à dire avec de réelles compétences et pas seulement des connaissances ! ).
La délivrance se fait normalement peu de temps après la venue au monde du poulain ; ce sont les dernières contractions de l’utérus qui expulsent le placenta.
Si passé huit heures, le placenta n’a toujours pas été expulsé, il faut appeler le vétérinaire. En aucun cas, il ne faut tirer dessus car cela pourrait entraîner une hémorragie suivie de complications.

 Si le placenta sort en grande partie, il faut le nouer avec un bouchon de paille afin d’éviter que la jument ne marche dessus et ne le déchire au risque, là aussi, de déclencher une hémorragie ou de laisser des parties à l’intérieur de l’utérus ce qui pourrait provoquer une infection appelée endométrite pouvant entraîner à son tour une fourbure post-partum.

retention_placentaire.JPG

Ne jamais s’amuser à essayer de le dégager vous même, une jument n’est pas une vache ! Il ne faut pas vous risquer à introduire quoi que ce soit, même votre main, à l’intérieur du vagin pour de raisons purement sanitaires… SEUL votre vétérinaire peut pratiquer un tel acte car le risque de compromettre l’avenir de votre jument en matière de reproduction est bien réel et ne doit pas être pris à la légère.
Votre vétérinaire fera une injection d’ocytocine afin de restaurer au moyen de cette hormone les contractions utérines. Si quelques minutes après (environ 30) rien ne vient, il lui faudra pratiquer un acte manuel afin de retirer la placenta et ce, de manière très délicate et progressive puis il placera des « Oblets » dans l’utérus pour un couverture antibiotique ciblée. Il vous faudra bien surveiller la température pendant au moins 3 jours (même si il n’y a pas de rétention) car toute augmentation signifierait infection et un traitement à mettre rapidement en place.

Ensuite votre vétérinaire vérifiera que le placenta est bien complet, sa nature et sa qualité… informations importantes quand à l’historique de la gestation. Le placenta de la jument est très proche de celui de la femme, il adhère à la paroi de l’utérus par des milliers de minuscules « bouton-pression » et se trouve constitué d’une multitude de micro-vaisseaux ; lorsqu’il est expulsé, il sort comme une « chaussette à l’envers »… c’est donc l’intérieur de la poche placentaire que vous pourrez observer avec votre vétérinaire.

     Placenta positionné

 pacenta_face_externe.JPG face externe   cordon_sur_placenta.JPG face interne 

    Sur la deuxième photo, on voit bien le cordon ombilical et les vaisseux sanguins qui l'alimente...

Quoi qu’il en soit, il faut faire examiner votre jument au plus tard 48 h après le poulinage, d’une part pour qu’il injecte un sérum antitétanique et Trivalent au poulain, et qu’il vérifie entre autre son rythme cardiaque, le nombril etc.… mais aussi pour qu’il ausculte la mère afin de diagnostiquer d’éventuelles complications restées inaperçues !
Il est de même conseillé de procéder au nettoyage régulier (2 fois par jour au moins les 5 premiers jours) des écoulements de la vulve avec de la « Vétédine Iodée » savon.

Je ne finirai pas en vous faisant le détail de tous les risques et complications liées à la Rétention Placentaire car ce n’est pas le but de cet article et je ne voudrai pas susciter des appréhensions exagérées à tous ceux pour qui va bientôt se dérouler une première naissance. Le poulinage est certes un « traumatisme » mais il est nécessaire pour donner la vie… alors, faisons en sorte qu’il ne soit associé qu’à la joie de voir s’éveiller une petite perle noire !


Vous trouverez , si vous souhaitez en savoir plus, un article très intéressant qui traite de ce sujet dans le magazine « Cheval Santé » N°13 page 58.


Vous pouvez bien entendu en discuter avec votre vétérinaire.

 

Cécile Augier